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Zoom sur la bouillie bordelaise : usages et précautions

La bouillie bordelaise peut freiner certaines maladies des tomates, vignes et fruitiers, mais son cuivre impose un emploi rare, préventif et précis. Voici quand l’utiliser, comment respecter la dose indiquée et quelles alternatives privilégier.

11 min de lecture
Jardinier préparant une faible quantité de bouillie bordelaise près de plants de tomates bien aérés
Jardinier préparant une faible quantité de bouillie bordelaise près de plants de tomates bien aérés
Difficulté
intermédiaire
Temps
30 à 60 minutes, préparation et nettoyage compris.
Budget
8 à 20 € pour un conditionnement courant, hors pulvérisateur.
Saison
printemps, été, automne, hiver
Sommaire de l'article 7 sections
  1. Bouillie bordelaise : que contient-elle et comment agit-elle ?
  2. Un protecteur préventif, pas un produit miracle
  3. Quelles maladies peuvent justifier un traitement au cuivre ?
  4. Ce que le cuivre ne résout pas à lui seul
  5. Comment doser et pulvériser la bouillie bordelaise sans brûler le feuillage ?
  6. Quand pulvériser la bouillie bordelaise sur tomates, vignes et fruitiers ?
  7. Adapter les fenêtres d’intervention au cycle des plantes
  8. Comment réduire les traitements grâce à la prévention au jardin ?
  9. Balcon, sol fragile et climat contrasté : les cas à traiter avec encore plus de prudence
  10. Tenir compte du sol et de votre région
  11. Bouillie bordelaise : votre plan d’action en sept gestes

Taches brunes sur les tomates, feuilles de vigne marquées après une période humide, rameaux de fruitiers fragilisés : la bouillie bordelaise revient souvent comme solution de référence au jardin. Sa poudre bleue inspire confiance parce qu’elle est connue depuis longtemps et qu’elle est d’origine minérale. Pourtant, elle n’est ni anodine ni universelle : son efficacité dépend du bon moment, de la couverture des organes à protéger et du respect strict de la dose. Utilisée trop tard ou trop souvent, elle déçoit tout en chargeant inutilement le sol en cuivre.

Bien employée, cette préparation constitue un fongicide de contact préventif intéressant pour certaines cultures sensibles. Elle forme un dépôt protecteur à la surface des feuilles, des tiges ou des rameaux ; elle ne circule pas à l’intérieur de la plante et ne guérit pas une maladie déjà très installée. Le bon réflexe consiste donc à diagnostiquer le problème, à corriger les conditions de culture et à réserver le cuivre aux situations où son usage est réellement pertinent. Vous protégerez ainsi vos récoltes sans transformer chaque épisode pluvieux en séance de pulvérisation.

Bouillie bordelaise : que contient-elle et comment agit-elle ?

La bouillie bordelaise associe des composés de cuivre, traditionnellement du sulfate de cuivre neutralisé par de la chaux, afin d’obtenir une suspension à diluer dans l’eau. Le cuivre libéré à la surface des végétaux limite la germination de nombreux champignons responsables de maladies et peut aussi réduire certaines contaminations bactériennes. Il s’agit d’une action externe et persistante tant que le dépôt reste sur la plante. Une pluie soutenue, la croissance de nouvelles feuilles ou un feuillage mal couvert diminuent naturellement cette protection.

Un protecteur préventif, pas un produit miracle

La préparation doit se déposer en film fin sur les faces accessibles du feuillage et les jeunes rameaux, sans ruisseler. Elle est plus utile avant une période durablement humide annoncée, ou sur un stade connu pour être sensible, qu’après l’apparition de larges plages nécrosées. Une feuille de tomate déjà détruite par le mildiou ne redeviendra pas saine ; il faut la retirer avec soin, l’éloigner du potager et protéger seulement le feuillage encore indemne lorsque l’étiquette le permet. N’assimilez pas non plus la bouillie bordelaise à tous les produits bleus : seuls les usages indiqués pour la formulation achetée font foi.

10 à 20 g/L
plage de dilution courante selon les formulations ; l’étiquette reste la seule référence
6 heures
durée pratique minimale de temps sec à viser après une pulvérisation
1 passage ciblé
vaut mieux que des applications répétées sans diagnostic ni besoin réel

Quelles maladies peuvent justifier un traitement au cuivre ?

La bouillie bordelaise est surtout recherchée contre le mildiou de la tomate, de la pomme de terre et de la vigne, ainsi que contre certaines maladies des arbres fruitiers. Elle peut entrer dans une stratégie préventive face à la tavelure des pommiers et poiriers, à la criblure des arbres à noyau ou à l’entomosporiose du photinia, du cognassier et du poirier. Sur les arbres, les interventions de repos végétatif ont souvent davantage de sens que des traitements répétés sur feuillage. Vérifiez toujours que la plante et le problème figurent bien parmi les emplois de votre produit.

Ce que le cuivre ne résout pas à lui seul

Problème fréquentCultures concernéesRôle réaliste du cuivre
MildiouTomate, pomme de terre, vigneProtéger avant l’infection
TavelurePommier, poirierLimiter les contaminations aux stades sensibles
CriblurePêcher, cerisier, prunierPrévention hors périodes à risque de brûlure
EntomosporiosePhotinia, cognassier, poirierFreiner les nouvelles taches sur feuillage sain
Chancre bactérienCertains fruitiersRéduire la contamination, sans guérir le bois
GommoseArbres à noyauChercher la cause ; ce n’est pas un remède direct
Les maladies, les sensibilités variétales et les usages autorisés diffèrent selon les plantes : contrôlez l’étiquette avant toute application.

Une gommose, par exemple, peut révéler une blessure, un sol asphyxiant, un excès d’humidité au collet ou un problème sanitaire plus profond. Badigeonner systématiquement une plaie de taille n’est pas une réponse complète et peut masquer la cause. Pour les chancres, coupez le bois atteint par temps sec avec un outil nettoyé entre les coupes, puis évacuez les déchets hors du compost domestique. La prévention passe d’abord par des arbres bien aérés, non blessés et plantés dans un sol qui draine correctement.

Comment doser et pulvériser la bouillie bordelaise sans brûler le feuillage ?

Le dosage dépend de la concentration du produit, de la culture et de l’usage prévu : l’étiquette du fabricant prévaut toujours sur une recette trouvée ailleurs. Des dilutions de 10 à 20 grammes de poudre par litre d’eau se rencontrent couramment, mais elles ne sont pas interchangeables d’une formulation à l’autre. Une dose excessive augmente le risque de phytotoxicité, notamment sur les jeunes feuilles, et ne rend pas la protection durablement meilleure. Préparez seulement la quantité nécessaire, avec de l’eau propre, dans un pulvérisateur réservé aux usages du jardin.

Préparer et appliquer avec précision

  1. Lire avant de mesurer

    Contrôlez les cultures, maladies, doses, nombre maximal d’applications et délais indiqués sur l’emballage. Écartez tout usage qui n’y figure pas explicitement.

  2. Choisir la bonne météo

    Intervenez sans vent, sans pluie imminente, sur feuillage sec et hors gel. Évitez le plein soleil et les périodes de forte chaleur, qui favorisent les brûlures.

  3. Calculer le volume utile

    Estimez la quantité d’eau nécessaire pour mouiller finement vos plantes sans ruissellement. Pour quelques tomates ou un jeune arbre, un petit volume suffit souvent.

  4. Délayer progressivement

    Versez la poudre dans une petite quantité d’eau, mélangez, puis complétez jusqu’au volume final. Agitez régulièrement le pulvérisateur, car la suspension se dépose.

  5. Pulvériser en voile fin

    Couvrez les feuilles, tiges ou rameaux concernés de façon homogène, y compris les zones difficiles d’accès, sans faire couler le produit au sol.

  6. Nettoyer et gérer le reste

    Utilisez la préparation immédiatement sauf indication contraire, puis rincez le matériel sur une zone végétalisée non proche de l’eau. Ne versez jamais le surplus dans un évier, un caniveau ou un regard.

Concentration écrite sur l’étiquettePour 1 L d’eauPour 5 L d’eau
10 g/L10 g de poudre50 g de poudre
15 g/L15 g de poudre75 g de poudre
20 g/L20 g de poudre100 g de poudre
Repères de calcul uniquement : n’utilisez une concentration que si elle correspond exactement à l’usage indiqué pour votre produit et votre culture.

Quand pulvériser la bouillie bordelaise sur tomates, vignes et fruitiers ?

Le calendrier compte autant que le produit. Sur les fruitiers caducs, la chute des feuilles à l’automne et la fin de l’hiver, avant l’ouverture franche des bourgeons, sont des fenêtres classiques de prévention lorsque l’usage est indiqué. Au potager, n’attendez pas que le mildiou ait envahi les plants : surveillez les périodes humides durables et protégez uniquement des végétaux sains, si les conditions d’emploi le permettent. Sur vigne, les stades de végétation et les contraintes d’emploi précisées sur l’étiquette doivent guider chaque décision.

Adapter les fenêtres d’intervention au cycle des plantes

CultureFenêtre de vigilanceGeste prioritaire
TomateAprès épisodes humides, avant symptômesAérer et arroser au pied
Pomme de terreFeuillage sain, météo durablement humideButer et surveiller chaque plant
VignePériodes sensibles prévues par l’étiquetteMaintenir une végétation aérée
Pommier et poirierChute des feuilles ou avant débourrementRamasser les feuilles malades
Arbres à noyauRepos végétatif, hors gelTailler le bois atteint par temps sec
Les dates calendaires varient avec l’altitude, le climat local et le stade réel de la plante : observez d’abord le feuillage et les bourgeons.

Après une pluie marquée, le dépôt peut être lessivé, mais cela ne justifie pas une répétition réflexe. Regardez d’abord si la culture est encore dans une fenêtre sensible, si le produit autorise une nouvelle application et si les plantes sont réellement exposées. Évitez toute pulvérisation sur une plante assoiffée, gelée, en fleurs ou en plein soleil. Les fleurs attirent des insectes utiles : au jardin familial, le principe de prudence consiste à ne pas les traiter.

Comment réduire les traitements grâce à la prévention au jardin ?

La meilleure façon de limiter le cuivre consiste à faire baisser durablement la pression des maladies. Pour les tomates, espacez les plants d’au moins 50 à 60 cm selon leur vigueur, palissez-les et retirez les feuilles basses qui touchent presque le sol. Arrosez le matin, directement au pied, afin que le feuillage sèche vite ; un paillage limite les éclaboussures de terre porteuse de spores. Dans les arbres, une taille mesurée qui laisse entrer l’air et la lumière vaut souvent plusieurs interventions inutiles.

Pulvérisation cuprique ponctuelle

  • Agit comme protection de surface
  • Utile seulement sur les usages indiqués
  • Demande une météo favorable
  • Peut être lessivée par de fortes pluies
  • Ajoute du cuivre au sol à chaque emploi

Prévention culturale durable

  • Réduit l’humidité autour des plantes
  • Améliore la vigueur sans dépôt chimique
  • Agit toute la saison par les bons gestes
  • Protège aussi contre plusieurs désordres
  • Nourrit la biodiversité et la vie du sol

Ramassez les feuilles tavelées au pied des pommiers et les résidus de cultures très malades, sans les intégrer au compost de proximité. Pratiquez une rotation d’au moins trois ans pour les pommes de terre et évitez de replanter des tomates au même endroit lorsque le mildiou a été sévère. Choisissez des variétés reconnues pour leur tolérance lorsque vous renouvelez vos plants, sans croire qu’une variété est totalement invulnérable. Enfin, fertilisez sans excès d’azote : une pousse trop tendre, dense et rapide est souvent plus vulnérable aux maladies.

Balcon, sol fragile et climat contrasté : les cas à traiter avec encore plus de prudence

Sur un balcon, le ruissellement rejoint facilement une gouttière ou le réseau d’eaux pluviales : évitez les pulvérisations larges et privilégiez d’abord l’abri contre la pluie, l’espacement des pots et l’arrosage au pied. Une tomate en bac peut souvent être placée sous un auvent lumineux lors de longues séquences humides, tout en conservant une bonne circulation d’air. Dans un petit jardin, traitez uniquement le végétal concerné plutôt que toutes les plantes voisines. Éloignez enfants et animaux pendant la préparation et jusqu’au séchage complet du feuillage.

Tenir compte du sol et de votre région

Les sols riches en argile ou en matière organique retiennent facilement le cuivre, ce qui ne les rend pas capables d’en recevoir sans limite : l’accumulation y reste possible. En sol sableux et acide, la prudence est tout aussi nécessaire, car les éléments sont moins bien retenus et les plantes peuvent être plus sensibles. En climat océanique, l’humidité répétée impose surtout de soigner la ventilation et le choix du créneau sec ; en climat continental, le gel limite les fenêtres hivernales. Dans les régions méditerranéennes, ne traitez pas par habitude en été sec : concentrez la surveillance sur les séquences humides et les nuits très rosées.

Bouillie bordelaise : votre plan d’action en sept gestes

Une bouillie bordelaise utilisée avec mesure peut protéger des cultures exposées, mais elle ne remplace ni l’observation ni les soins de base. Commencez par identifier la maladie et le stade de la plante, puis choisissez la solution la moins impactante qui puisse réellement répondre au problème. Si un traitement cuprique est justifié, visez une application préventive, précise et conforme à l’étiquette. Après intervention, observez l’évolution des plantes plutôt que de programmer d’emblée une nouvelle pulvérisation.

Votre plan d’action

  • Diagnostiquez la maladie avant de sortir le pulvérisateur.
  • Vérifiez que la culture et l’usage figurent sur l’étiquette du produit.
  • Retirez les feuilles ou rameaux très atteints et évacuez-les hors du compost proche.
  • Améliorez l’aération, l’espacement et l’arrosage au pied.
  • Choisissez un créneau calme, sec, sans gel ni forte chaleur.
  • Dosez exactement la quantité prévue et pulvérisez sans ruissellement.
  • Nettoyez le matériel et ne déversez aucun reste dans les canalisations.

Vos questions, nos réponses

La bouillie bordelaise peut-elle guérir un plant de tomate déjà atteint de mildiou ?
Non, elle ne répare pas les feuilles déjà nécrosées et ne fait pas disparaître les taches installées. Retirez les parties les plus atteintes, évitez de manipuler les plants quand ils sont mouillés et améliorez l’aération. Une application éventuellement autorisée sert seulement à protéger le feuillage encore sain, dans le respect de l’étiquette.
Faut-il pulvériser de la bouillie bordelaise après chaque pluie ?
Non. Une forte pluie peut diminuer le dépôt protecteur, mais elle ne justifie pas une nouvelle application automatique. Vérifiez d’abord le stade de la culture, l’état réel du feuillage, les limites d’emploi du produit et la météo à venir. La répétition sans besoin augmente surtout les apports de cuivre au sol.
Peut-on utiliser la bouillie bordelaise en agriculture biologique au jardin ?
Certaines formulations à base de cuivre peuvent être admises dans des pratiques relevant de l’agriculture biologique, sous conditions et avec des limites d’emploi. Cela ne signifie pas qu’elles sont sans impact environnemental. Au jardin, retenez surtout que le cuivre doit rester un recours ponctuel, avec la dose et les usages explicitement indiqués sur l’emballage.
Pourquoi la bouillie bordelaise brûle-t-elle parfois les feuilles ?
Les brûlures apparaissent plus facilement avec une dose trop forte, un feuillage jeune ou stressé, une application en plein soleil, par forte chaleur ou sur une plante déshydratée. Un mélange mal dosé ou une pulvérisation trop abondante favorisent aussi ce problème. Respectez la concentration indiquée et testez sur une petite zone en cas de doute.
Que faire du reste de bouillie bordelaise préparée dans le pulvérisateur ?
Préparez le volume le plus juste possible afin d’éviter les restes. N’évacuez jamais la préparation dans l’évier, les toilettes, un caniveau ou près d’un point d’eau. Suivez les consignes de l’emballage pour le produit et les déchets ; en cas de surplus ou de produit non utilisable, une filière de collecte adaptée est préférable.
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